Nos anthropologues en vadrouille


AFRIQUE DU SUD Mai à Octobre 2014 (sarah.ducret@unine.ch)

Problématique en tête au départ, voir comment la société civile utilise la loi pour défendre le droit des plus démunis à la terre, au logement.

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En trois mots (mon terrain): sensible – dense – enrichissant

Oui, au départ, car le terrain ethnographique, comme je l’ai vécu, c’est l’imprévisible par excellence. J’ai choisit de ne pas m’affilier à une structure, j’ai assumé, mais le faire permet d’arriver tranquillement mais sans perdre de temps, c’est une bonne chose de le faire enfin ça dépend aussi du sujet. Tout cela pour dire que s’il est super excitant de partir un peu comme Indiana Jones jouer à l’ethnographe, si c’est un rôle privilégier, il faut néanmoins être près et préparé, en master on ne l’est jamais vraiment. Faire partie d’une structure ça donne du lest, ça permet d’observer de loin et apporte une base au départ, c’est reposant en fait.

Au départ, depuis Johannesburg, j’ai pris contact avec un certain nombre de structures (asso, ONG, etc.) en croyant vouloir m’intégrer dans une Law Clinic. Mais j’ai vite déchanté, c’est pas si drôle d’être au milieu d’avocats en devenir ou aboutit. Du coup, après trois semaines et des rencontres intéressantes, je suis partie pour Durban où je devais rencontrer le président d’un mouvement de shack dwellers et contacter d’autres personnes potentiellement intéressantes. Voilà, comment commence vraiment mon terrain et par la force des choses c’est par une structure que je me retrouve auprès des shack dwellers de Durban.

Ma perspective se transforme vite, c’est maintenant du point de vue des gens que je pars. Comment ils utilisent la loi, comment ils perçoivent leurs droits et comment et quels organismes les accompagne dans cette quête de reconnaissance et/ou d’accès aux ressources de base. Au côté des membres d’Abahlali Base Mjondolo (qui veut dire personne vivant dans des shacks en zulu), j’observe la création de nouvelles branches du mouvement, interview quelques membres et passe du temps au tribunal pour des cas de divers ordres (“public violence” par exemple).

Mais je veux comprendre mieux toute cette question autour de la terre, de la restitution et de la redistribution qui marquent la (re) constitution du pays, l’une des meilleurs du monde dit on. A travers une rencontre fortuite avec un confrère français, je découvre une ONG de petite taille, basée à une et demie de Durban qui accueille des volontaires. Ils cherchent notamment quelqu’un pour prendre des photos et interviewer les agriculteurs de la région. Une aubaine! Une belle rencontre aussi, avec la directrice actuelle, avec l’un des fondateurs et avec une équipe de jeunes locaux incroyable. C’est bien ici finalement que je trouverai mon pied à terre. Plus d’un mois, puis quelques semaines, j’y suis à chaque fois revenue. Siyavuna est un centre qui a formé un réseau d’agriculteurs-trices biologiques de petite taille en appliquant un modèle économique alternatif SCIP. Le principe fondamental est de voir ce que les gens ont à disposition pour établir ce qu’ils peuvent faire avec, dans le but de gagner de l’argent. Ici, en zone rurale (sous contrôle de chef principalement) la terre est disponible, les gens sans emploi également et pas mal de fermiers-ères.

Le terrain est autant le fruit de ses efforts au départ, que le résultat d’un je ne sais quoi qui nous guide. Au départ, le stress dissimule cette intuition, mais au fil du temps, de l’expérience on s’attend à tout ou plutôt à beaucoup moins et les choses arrivent d’elles-mêmes. Est-ce là une partie de ce que le chercheur ne choisit pas? Quand le terrain nous induit à…? Puis, justement, on est pris dans une action et on tout en récoltant des données, on oublie, un peu, ce que l’on fait. Pour cela, être dans une structure est aussi très reposant, on effectue des tâches, on récolte des données, mais on s’oublie un peu dans une routine bénéfique.

Ainsi, mon terrain c’est vraiment divisé en deux phases l’une urbaine, avec des shack dwellers souvent, l’autre rurales avec des fermiers et habitant de terres tribales du KZN à une heure et demie de la  métropole. En écrivant cela, je n’ai pas encore fait la synthèse de mon travail, il m’est donc difficile de dire sur quoi cela aboutira. AU bout d’un moment, j’ai complétement arrêté de penser au “produit final” et donc à un thème, Le thème pour mon mémoire.

Pour quelqu’un qui veut devenir anthropologue, il faut impérativement partir en terrain, n’importe où chez soi, même, mais il faut fait faire cette découverte par soi-même, comprendre ce que c’est d’être en récolte de donnée, loin de chez soi. Ce que c’est d’être “soi” et l’apprenti chercheur, d’être constamment entre la recherche et la vie quotidienne, deux choses qui ne se distinguent pas parfois. Des avantages et inconvénients de cela et de la nécessité de se préserver pour pouvoir poursuivre un terrain quel qu’il soit, où qu’il nous mène.

Un sentiment très fort pour ce terrain, pour les gens que j’ai croisé en Afrique du Sud, pour la beauté du pays, des personnes…bref, que de bons souvenirs!

 

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